Le balisage fait partie de ces choses que l'on apprend pour l'examen, puis que l'on oublie à moitié jusqu'au jour où l'on faufile un chenal semé de cailloux au crépuscule, avec le courant qui pousse en travers. Les marques AISM sont conçues pour être lues vite, sous une lumière médiocre, sans carte sur les genoux. Si vous identifiez une marque et savez ce qu'elle signifie en moins de trois secondes, vous vous êtes offert les secondes nécessaires pour décider. Voici une remise à niveau sur les bouées cardinales et latérales en région A de l'AISM (Europe), avec les raccourcis que les skippers expérimentés utilisent réellement.

Région A contre région B : sachez où vous êtes

Le monde est divisé en deux régions AISM. La région A couvre l'Europe, l'Afrique, la majeure partie de l'Asie et l'Australie. La région B couvre les Amériques, le Japon, la Corée et les Philippines. La différence critique concerne la convention des couleurs des marques latérales : en région A, bâbord est rouge, tribord est vert lorsque l'on revient du large. En région B, c'est l'inverse. Si vous louez un bateau à l'étranger, ce n'est pas un détail de culture générale. Lisez la légende de la carte avant de quitter le ponton, car une bouée rouge du mauvais côté de la coque vous présentera rapidement au fond.

Les marques cardinales, heureusement, sont identiques partout. Mêmes couleurs, mêmes voyants, mêmes rythmes lumineux.

Marques latérales : les bords du chenal

Les marques latérales indiquent où se trouve le chenal sûr quand vous rentrez du large. En région A :

  • Marque bâbord : rouge, en forme de cylindre (sommet plat), feu rouge à rythme quelconque. À laisser à bâbord à l'entrée.
  • Marque tribord : verte, conique (sommet pointu), feu vert à rythme quelconque. À laisser à tribord à l'entrée.

La forme est votre alliée la nuit, quand les couleurs sont délavées sous un projecteur ou dans la brume. Une silhouette cylindrique est plate. Un cône est pointu. Si vous ne distinguez que la découpe, vous savez déjà de quel côté passer.

Deux variantes de plus à connaître :

  • Chenal préféré à tribord : rouge avec une bande horizontale verte, forme cylindrique. Le chenal principal est à tribord de la marque, mais on peut passer des deux côtés si le tirant d'eau le permet.
  • Chenal préféré à bâbord : vert avec une bande horizontale rouge, conique. Le chenal principal est à bâbord.

Ces marques de chenal préféré apparaissent là où un chenal se divise. Elles indiquent clairement qu'un chenal secondaire, plus étroit, existe, et vous avez intérêt à savoir lequel votre tirant d'eau peut emprunter. Recoupez avec la carte avant de vous engager. Si vous préparez un trajet côtier à travers un balisage inconnu, bâtir la route sérieusement en amont évite bien des interprétations sur le vif.

Le piège du "sens conventionnel du balisage"

"Revenant du large" est la formule enseignée dans tous les cours, et c'est souvent évident : vous entrez dans un port, donc le rouge est à bâbord. Mais le long d'une côte, ou dans un estuaire à plusieurs entrées, le sens conventionnel du balisage est défini par la carte, pas par le bon sens. Il est indiqué par un symbole en flèche magenta.

Exemples classiques : la Manche est balisée d'ouest en est. Si vous descendez la côte française vers l'est, les marques rouges sont à bâbord. Faites le même parcours vers l'ouest et vous les verrez à tribord, ce qui semble faux jusqu'à ce que vous vous rappeliez la convention. Autour du Royaume-Uni, le sens tourne dans le sens horaire. Dans les systèmes fluviaux, il suit généralement le flot en remontant vers l'amont.

L'habitude à prendre : avant d'entrer dans toute zone balisée inconnue, un coup d'œil à la carte pour confirmer le sens du balisage. Dix secondes maintenant, aucune confusion plus tard. C'est l'une de ces petites routines qui séparent le pilotage confiant des erreurs récurrentes du débutant que l'on voit se répéter chaque été.

Marques cardinales : danger et où passer

Les marques cardinales indiquent la direction des eaux saines par rapport à un danger. Le nom vous dit de quel côté passer : une cardinale Nord signifie que l'eau saine se trouve au nord de la marque. On passe au nord d'elle.

Toutes les cardinales sont jaune et noir, avec deux voyants triangulaires noirs. La disposition des voyants est la façon la plus rapide de les identifier :

  • Nord : deux triangles pointe en haut. Noir au-dessus, jaune en dessous. On passe au nord.
  • Sud : deux triangles pointe en bas. Jaune au-dessus, noir en dessous. On passe au sud.
  • Est : triangles pointes opposées (forme d'œuf). Bandes noir, jaune, noir. On passe à l'est.
  • Ouest : triangles pointes face à face (forme de verre à pied ou taille de guêpe). Jaune, noir, jaune. On passe à l'ouest.

Le moyen mnémotechnique qui reste : voyez les voyants comme des flèches d'horloge pointant vers la bande noire. En bas pour le Sud, en haut pour le Nord, écartés pour l'Est, resserrés pour l'Ouest.

C'est de nuit que les cardinales prennent tout leur intérêt. Tous les feux cardinaux sont blancs et à éclats rapides ou très rapides. Le nombre d'éclats suit un cadran d'horloge :

  • Nord : scintillement continu, rapide ou très rapide (12 heures, ininterrompu).
  • Est : 3 éclats (3 heures).
  • Sud : 6 éclats suivis d'un éclat long (6 heures, l'éclat long confirme que vous n'avez pas mal compté).
  • Ouest : 9 éclats (9 heures).

Comptez les éclats, appliquez le cadran, vous avez la direction. L'éclat long après le Sud est délibéré : six éclats rapides dans la nuit sont difficiles à compter avec certitude, l'éclat long confirme donc qu'il s'agit d'une cardinale Sud et non d'une Ouest mal comptée.

Danger isolé, eaux saines et marques spéciales

Trois marques supplémentaires complètent le tableau :

  • Marque de danger isolé : noire avec une ou plusieurs bandes horizontales rouges larges, voyant à deux sphères noires. Signale un petit danger avec des eaux navigables tout autour. Feu : blanc, à éclats groupés (2). Passez de n'importe quel côté, mais pas trop près.
  • Marque d'eaux saines : rayures verticales rouges et blanches, voyant à sphère rouge unique. Indique des eaux navigables tout autour, souvent utilisée comme bouée d'atterrissage ou de chenal. Feu : blanc, isophase, à occultation, un éclat long toutes les 10 secondes, ou Morse "A". Ce sont les bouées que l'on vise réellement en arrivant du large.
  • Marques spéciales : entièrement jaunes, voyant en X jaune, feu jaune. Pas vouées à la navigation en premier lieu. Elles signalent des câbles, des zones de dépôt, de l'aquaculture, des exercices militaires ou des bouées de mesure. Le sens dépend de la carte, vérifiez.

Les marques spéciales se multiplient sur les côtes européennes à mesure que davantage de zones sont dédiées à l'éolien offshore, aux câbles et aux réserves marines. Ne considérez pas qu'une bouée jaune est décorative. Si vous ne savez pas ce qu'elle délimite, la carte ou l'almanach vous le dira.

Lire le balisage en pratique

La théorie est une chose. La pratiquer à 15 nœuds dans une mer croisée, avec un soleil rasant derrière les bouées, en est une autre. Quelques habitudes qui tiennent en conditions réelles :

  1. Identifiez par la forme d'abord, la couleur ensuite. Les couleurs se dégradent avec la distance, le contre-jour et le vieillissement. Cylindre contre cône contre pilier avec voyant est bien plus robuste.
  2. Chronométrez les feux. Ne devinez pas. Utilisez un chronomètre ou la trotteuse. Un "éclat rapide" c'est 60 par minute, "très rapide" c'est 120. Si vous hésitez entre Est (3) et Ouest (9), comptez sur une période complète.
  3. Recoupez avec la carte. Chaque bouée sur la carte porte une étiquette donnant sa caractéristique lumineuse, sa couleur et souvent un nom ou un numéro. Si ce que vous voyez ne colle pas, quelque chose ne va pas : soit vous avez mal identifié la bouée, soit vous n'êtes pas là où vous pensez être.
  4. Surveillez le courant. Les bouées s'inclinent avec le courant. Une cardinale penchée ne vous ment pas, mais l'angle du voyant peut brouiller l'identification rapide. Regardez la forme d'ensemble.
  5. Utilisez les aides équipées AIS quand elles existent. Beaucoup de marques importantes transmettent désormais leur identité en AIS. Si vous utilisez déjà l'AIS pour suivre le trafic, le même écran affiche les aides à la navigation nommées, ce qui lève toute ambiguïté.

Une note sur les cartes : papier ou électroniques, la symbologie du balisage est standardisée, mais les abréviations varient. Apprenez les codes des caractéristiques lumineuses (Fl, Q, VQ, Iso, Oc, L Fl) et les codes couleurs (R, V, J, BW, RW). Si vous êtes rouillé, passez une soirée avec une carte et sa légende avant votre prochaine sortie. C'est l'investissement de sécurité le moins cher que vous ferez.

Quand le balisage change, ou disparaît

Les bouées bougent. Les tempêtes les entraînent, les navires les percutent, les autorités les repositionnent, et les marques saisonnières vont et viennent. Les Avis aux navigateurs publiés par votre service hydrographique national (SHOM en France, UKHO au Royaume-Uni) listent ces changements. Les parcourir avant une traversée prend dix minutes et sauve à l'occasion un après-midi.

Le balisage d'hiver est une réalité en Europe du Nord : certaines marques sont retirées avant la saison des glaces et remplacées par des substituts plus petits non éclairés, ou supprimées purement et simplement. Si vous naviguez aux intersaisons, ne partez pas du principe que la carte de l'été dernier est toujours à jour sur l'eau.

Enfin, si la visibilité chute et que vous perdez complètement les bouées, il vous reste le GPS, le sondeur et votre plan de pilotage. C'est pourquoi les skippers sérieux gardent une route écrite ou tracée, avec des waypoints entre les marques, pas juste une idée en tête. Quand vous pouvez enregistrer chaque traversée, la rejouer, et comparer ce que vous avez vu à ce que vous avez fait, l'identification des bouées cesse d'être une question d'examen pour devenir un réflexe. C'est ce type de retour d'expérience concret que l'Oria Box a été conçue pour rendre sans effort : chaque marque passée, chaque changement de cap, horodatée et disponible quand vous voudrez en tirer les leçons.