Une semaine au départ de Split, cela paraît généreux sur le papier. Puis vous ajoutez le check-in à l'ACI, le maestral de l'après-midi, le fait que la ville de Hvar affiche complet dès 15h00 en juillet, et soudain vos sept jours doivent se planifier comme un convoyage, pas comme des vacances. Les îles de Dalmatie centrale récompensent les skippers qui partent tôt, lisent les fenêtres de vent et choisissent des mouillages qui font sens pour la météo, pas pour la photo du guide. Voici un itinéraire qui fonctionne pour un voilier bien préparé ou un bateau à moteur rapide, avec des notes sur les traversées, les pièges de pilotage et ce qu'il faut consigner en route.
Avant de quitter Split
Que vous soyez sur votre propre quille ou que vous récupériez un charter à l'ACI Split, à Kaštela ou à Trogir, le premier après-midi n'est pas fait pour naviguer. Il est fait pour le bateau. Sur un charter, faites tourner le moteur sur toute sa courbe de température au quai, actionnez le propulseur d'étrave, reniflez la cale et ouvrez la cuve du filtre à gasoil pour vérifier la présence d'eau ou de sédiment noir. Le gasoil des marinas croates est généralement propre, mais les réservoirs restent chauds tout l'été et la condensation est bien réelle. Si vous voyez quelque chose de trouble ou un anneau sombre à la ligne d'eau dans la cuve, traitez-le avant de quitter la baie, pas au large de Biševo à minuit. Notre article sur la détection et le traitement du bug du gasoil couvre ce qu'il faut chercher.
Les formalités en Croatie sont plus légères qu'avant, mais elles existent toujours. Si vous arrivez d'Italie ou du Monténégro, les règles de premier port d'entrée s'appliquent, et la vignette et la liste d'équipage doivent être réglées avant de croiser. Un rappel rapide sur les formalités et la paperasse pour voyager en bateau vaut bien dix minutes avant de larguer les amarres.
Faites l'avitaillement à Split. Le Konzum près de l'ACI fait l'affaire, mais le marché vert (Pazar) derrière le Palais est meilleur pour les fruits, le fromage et le pršut, et il se trouve à cinq minutes à pied du ponton. Remplissez les réservoirs d'eau au quai, pas sur les îles, où la pression est souvent faible et la file à 18h00 est brutale.
Jour 1 à 2 : Split à Milna, puis la ville de Hvar
Quittez Split avant 09h00. Le chenal de Split est très fréquenté par les ferries qui desservent Supetar, Stari Grad et Vis, et la séparation du trafic, bien qu'informelle, est réelle : tenez le côté sud en sortie et laissez une large marge aux ro-ro. Milna, à la pointe ouest de Brač, est une première étape en douceur, environ 12 milles. Elle vous offre une jambe de rodage sans vous engager en traversée ouverte.
De Milna, la route vers la ville de Hvar fait encore 12 à 15 milles selon que vous coupez à l'intérieur des Pakleni ou que vous descendez par le sud. Si le maestral s'est établi (typiquement WNW 10 à 18 nœuds à partir de la fin de matinée), un largue le long du côté nord de l'île de Hvar est la navigation classique. L'ACI de la ville de Hvar est petit, cher et souvent complet. Les deux alternatives utiles :
- Palmižana, sur Sveti Klement de l'autre côté du chenal, a une marina avec une navette pour Hvar. Réservez à l'avance.
- La baie de Vinogradišće, juste à côté, est un champ de bouées avec des corps-morts de restaurants. La tenue sur les emplacements libres est un mélange irrégulier de sable et d'herbier. Enfoncez bien l'ancre et croquez fort en marche arrière.
Notez votre consommation de carburant sur la jambe. Si votre consommation dérive à la hausse par rapport à votre référence, c'est une donnée à traiter avant les traversées plus longues de la semaine.
Jour 3 à 4 : Vis et la grotte de Biševo
Vis est la raison de venir ici. L'île a été fermée aux yachts étrangers jusqu'en 1989, et elle reste plus calme que Hvar ou Korčula. Depuis Hvar, il y a environ 20 milles au sud-ouest à travers l'eau libre. C'est la première vraie traversée de la semaine. Vérifiez la météo la veille au soir et de nouveau à 07h00. La bura, quand elle vient, vient du nord-est et accélère dans les chenaux entre les îles. Elle souffle rarement fort en juillet, mais en demi-saison elle peut lever à 40 nœuds presque sans préavis. Si le gradient de pression sur l'Adriatique nord est fort, reportez.
La ville de Vis sur la côte nord et Komiža sur la côte ouest font toutes deux de bonnes bases. Komiža est plus proche de Biševo et de la Grotte Bleue (Modra špilja), qui est l'incontournable de la région. Pour la visiter correctement :
- Mouillez ou prenez un corps-mort à Mezuporat sur Biševo. Les fonds descendent vite, donc la longueur de chaîne compte.
- Prenez l'annexe ou un bateau local pour entrer dans la grotte elle-même. Les yachts ne peuvent pas y pénétrer.
- Allez-y avant 11h00 ou après 16h00. À midi la lumière est bonne pour l'effet bleu, mais la file d'attente est un parking flottant.
Pour le déjeuner, Stiniva sur la côte sud de Vis est splendide et complètement impraticable. La baie est une fente entre deux falaises, la tenue est mauvaise et les bateaux de touristes la remplissent. Si vous y tenez, mouillez à l'extérieur et prenez l'annexe. Le guide des mouillages corses fait la même remarque sur les baies photogéniques qui vous punissent à 03h00 quand le vent tourne.
Jour 5 : Vis à Korčula
La jambe de Vis à la ville de Korčula fait environ 30 milles au sud-est, et c'est la plus longue traversée de la semaine. Deux routes :
- Direct, au sud de Hvar, en eau libre. Bon par maestral établi, inconfortable dès que ça vient du sud.
- Via Šćedro, calé sous la côte sud de Hvar. Šćedro a deux mouillages corrects (Lovišće et Mostir) et transforme la traversée en deux sauts plus courts si le temps est incertain.
La ville de Korčula est le port fortifié médiéval qui photographie bien et tient ses promesses. Le quai de la ville pratique des tarifs de yacht et vous offre le shore power, l'eau et une marche dans la vieille ville. L'ACI Korčula à Dominče, à trois km au nord, est moins cher et mieux protégé du jugo. Si un vent de sud est prévu, prenez la marina à chaque fois. Le quai de la ville de Korčula est exposé au sud et des bateaux y ont été endommagés.
C'est une bonne soirée pour un vrai contrôle moteur. Niveau d'huile, liquide de refroidissement, tension de courroie, crépine d'eau de mer. Sur un bateau de charter, ne présumez pas que l'équipage précédent l'a fait. Notre article sur la planification de l'entretien avant une longue croisière est écrit pour les propriétaires, mais la check-list s'applique aussi bien à un charter de deux semaines.
Jour 6 à 7 : Korčula à Šolta, puis retour à Split
Pour le retour, il vous reste deux nuits et environ 45 milles à couvrir. Ne gardez pas tout pour le dernier jour. Découpez :
Jour 6: Korčula à Bol sur la côte sud de Brač, ou vers l'un des mouillages de la côte sud de Hvar (Zavala, Sveta Nedjelja). Zlatni Rat à Bol est la fameuse langue de sable, et la baie juste à l'est constitue une nuitée jouable par vents de nord. Pas par vent de sud.
Jour 7: Brač ou Hvar à Šolta, puis le petit saut jusqu'à Split. Šolta est sous-estimée. Maslinica à la pointe ouest a un petit ACI et un chapelet de baies-restaurants (Šešula, Stračinska) qui vous offrent une dernière nuit calme avant la ville. De Maslinica à l'ACI Split, il y a environ 12 milles, ce qui fait un convoyage matinal confortable pour rendre le bateau avant midi.
Vents, météo et ce qu'il faut surveiller
Trois vents définissent la Dalmatie centrale :
- Maestral: le thermique d'été de WNW, qui monte vers 11h00 et meurt au coucher du soleil. Fiable, navigable, rarement dangereux. C'est autour de lui qu'on planifie la semaine.
- Bura: nord-est froid et rafaleux qui tombe des montagnes du continent. Rare en plein été, brutal quand il arrive. Il accélère dans les chenaux de Vis et Hvar et peut atteindre 50 nœuds sous un ciel dégagé.
- Jugo: vent chaud et humide de sud qui s'installe sur un à deux jours. Il vous prévient, apporte de la houle, ferme les quais exposés au sud. Si vous voyez le baromètre baisser et des cirrus filer du sud-est, choisissez votre mouillage en conséquence.
Deux points pratiques. D'abord, la couverture mobile en Dalmatie centrale est bonne, donc les téléchargements de GRIB en direct fonctionnent presque partout entre les îles. Ensuite, les corps-morts dans les baies-restaurants sont posés par des privés et leur qualité varie. Si vous en prenez un, plongez dessus ou au moins regardez la manille depuis le pont. Un dîner à 40 euros ne vaut pas la peine de se réveiller en dérive.
Consignez tout : heures moteur, consommation par jambe, consommation d'eau, mouillages et dérapages. Une semaine en Dalmatie est un petit jeu de données, mais c'est celui que vous voudrez au printemps prochain quand vous planifierez la révision du bateau, ou l'année suivante quand vous envisagerez un plus long voyage à travers la Méditerranée élargie.
L'itinéraire ci-dessus est un canevas, pas un plan. Votre plan, c'est celui que vous réécrivez chaque matin après la météo de 07h00, en gardant un œil sur le baromètre et sur l'appétit de l'équipage. Là où l'Oria Box gagne sa place sur un voyage comme celui-ci, c'est en silence : en enregistrant chaque jambe, en signalant tout paramètre moteur qui dérive, et en vous fournissant un rejeu de navigation que vous pouvez vraiment utiliser pour débriefer la semaine plutôt que d'en débattre autour de la dernière bouteille de Pošip. Que raconterait votre propre journal de bord sur votre façon de naviguer en Dalmatie cette année ?