L'annexe est l'équipement que vous utilisez plus souvent que presque tout le reste à bord, et celui auquel la plupart des propriétaires pensent en dernier. Elle vous emmène du mouillage au quai, du corps-mort à la plage, de votre bateau au tableau arrière d'un copain à l'heure de l'apéro. Bien choisie, elle se fait oublier. Mal choisie, vous passerez la saison mouillé, sous-motorisé, ou à batailler avec une masse d'hypalon sur le pont avant dans la houle. Ce guide explique comment adapter annexe et hors-bord à l'usage réel que vous faites de votre bateau, et non à la brochure de rêve.
Commencez par votre usage réel
Avant même de regarder une coque ou une tête motrice, soyez honnête sur la mission. L'annexe d'un sloop de croisière de 12 m qui mouille dans les calanques méditerranéennes n'est pas la même que celle d'un catamaran de charter qui enchaîne les rotations hebdomadaires aux Baléares, et aucune n'est comparable à un canot rigide laissé sur bossoirs derrière un bateau à moteur côtier.
Posez-vous ces questions :
- Combien de personnes, à quelle fréquence ? Deux adultes qui vont chercher des baguettes n'ont rien à voir avec quatre adultes, du matériel de plongée et une glacière.
- Quelle distance parcourez-vous réellement ? 200 m à travers un port, ou 3 milles nautiques pour contourner la pointe et rejoindre un restaurant ?
- Où vit-elle ? Bossoirs, chandeliers de pont avant, roulée dans un coffre, ou remorquée ?
- Débarquements sur plage ? Si oui, un plancher souple et un poids modéré comptent plus que la vitesse de pointe.
- Usage nocturne ? Alors les feux de navigation, une vraie torche et une VHF portable ne sont pas optionnels.
L'annexe est un système : coque, plancher, hors-bord, carburant et rangement. Optimisez un élément au détriment des autres et vous le paierez.
Choisir la coque : semi-rigide, enroulable, plancher gonflable ou coque rigide
Quatre grandes familles, chacune avec un rôle clair.
Pneumatiques enroulables (plancher lattes). Les plus légers, les moins chers, les plus faciles à ranger. Typiquement 2,3 à 2,7 m. Parfaits pour de courts trajets à deux avec un hors-bord de 2 à 3,5 ch. Ne déjaugent pas vraiment en charge et le plancher fléchit sous le pied. Bon choix comme annexe de secours ou pour un croiseur minimaliste.
Plancher haute pression (plancher gonflable rigide). Le meilleur compromis pour la plupart des bateaux de croisière. Assez rigide pour déjauger avec la bonne motorisation, se plie encore dans un sac, et pèse typiquement 30 à 45 kg pour un modèle de 2,7 à 3,2 m. Bon compromis si l'annexe vit dans un coffre ou sur le pont avant.
Semi-rigide en polyester ou aluminium. La vraie annexe de travail. Coque rigide, vrai V, encaisse le clapot, se remorque bien, déjauge facilement. Inconvénients : nécessite bossoirs ou berceau, poids important, prix élevé. Si vous y passez du temps ou si vous exploitez un charter avec des clients payants, un semi-rigide est presque toujours la bonne réponse.
Canots rigides (polyester ou bois). Se manient magnifiquement à l'aviron, ont fière allure sur un yacht classique, durent une éternité. Faible capacité de charge pour leur taille et peu pratiques sur un pont moderne. Un choix de niche, mais un bon choix si cela colle à votre programme.
La charge utile indiquée sur la plaque constructeur est un maximum légal, pas une recommandation d'usage. Dans le clapot, comptez 70 à 80 % de ce chiffre si vous voulez vraiment rester au sec.
Dimensionner le hors-bord : puissance, poids et honnêteté
Chaque pneumatique porte une puissance maximale homologuée sur la plaque de tableau arrière. C'est un plafond, pas une cible. Le bon hors-bord est le plus petit qui fait déjauger votre charge habituelle dans les conditions où vous naviguez réellement.
Ordres de grandeur, à titre indicatif seulement :
- Enroulable 2,3 à 2,5 m, 1 à 2 personnes : 2,5 à 3,5 ch. Mode déplacement uniquement. Assez léger pour être soulevé d'une main sur le support de balcon arrière.
- Plancher gonflable 2,7 à 3,0 m, 2 à 3 personnes : 5 à 8 ch. Déjauge à deux, peine à trois avec du matériel.
- Plancher gonflable 3,1 à 3,4 m ou semi-rigide léger, 3 à 4 personnes : 9,9 à 15 ch. La plage de puissance polyvalente pour un couple en croisière avec invités occasionnels.
- Semi-rigide de 3,4 m et plus, 4 personnes et plus : 15 à 30 ch. Là vous entrez dans le poids sérieux, le démarreur électrique et la direction déportée.
Le poids compte autant que la puissance. Un 15 ch quatre temps pèse souvent 45 à 50 kg. Pouvez-vous réellement soulever cela du support de balcon jusqu'à l'annexe, seul, au mouillage, dans une houle de travers ? Sinon, passez à un 9,9 ou 8 ch, ou investissez dans un vrai palan. Une blessure au dos dans un mouillage isolé ruine une saison.
Deux temps ou quatre temps : les deux temps sont plus légers et plus simples, mais les unités neuves sont difficiles à trouver dans l'UE en raison des normes d'émissions. Les quatre temps dominent, sont plus silencieux, consomment peu et démarrent fidèlement quand ils sont entretenus. Les hors-bord électriques dans la plage 1 à 6 ch équivalents sont désormais réellement utilisables pour de courts trajets, et changent le calcul si votre bilan énergétique à bord permet de recharger une batterie de rechange.
Rangement, mise à l'eau et sécurité
La façon dont l'annexe vit entre deux usages détermine l'essentiel des frictions. Quatre configurations courantes.
Bossoirs. Mise à l'eau la plus rapide, plus doux pour l'annexe, idéal pour l'usage quotidien. Ajoute de la fardage et du poids sur l'arrière, ce que vous sentirez au vent arrière et au mouillage. Non adapté au large par gros temps : montez-la sur le pont d'abord.
Berceaux de pont avant. Solution classique de croisière. Dégonflée ou saisie rigide, sous taud, elle vit hors du passage. Plus lente à mettre à l'eau, mais plus sûre en navigation.
Coffre de lazaret ou de cockpit. Réaliste uniquement pour les enroulables et les planchers gonflables légers. Dégonfler, sécher, plier, ranger. Comptez 15 à 20 minutes de chaque côté.
Remorquage. Tentant pour de courts bords côtiers, dangereux dès que le temps forcit. Si vous remorquez, utilisez une patte d'oie, une bosse assez longue pour maintenir l'annexe à l'arrière d'une vague, et ne remorquez jamais avec le hors-bord monté. Mieux encore : ne remorquez pas.
La sécurité mérite un paragraphe à part. Les hors-bord sont l'objet le plus volé dans la plupart des ports français. Un antivol numéroté sur les vis de bridage, un câble inox à travers la poignée et une chaîne cadenassée au ponton sont le minimum. Notez le numéro de série, photographiez-le et gardez-le avec votre dossier d'assurance. Si votre bateau embarque un système connecté qui enregistre position et mouvements, cette trace vaudra de l'or le jour où vous devrez déclarer une perte. Cela s'inscrit dans la discussion plus large sur les équipements indispensables : une annexe sans sécurité est une location gratuite pour qui passe à 3 h du matin.
Carburant, matériel de sécurité et paperasse
Une annexe est un bateau. Traitez-la comme tel.
Carburant. Utilisez un réservoir portable dédié dimensionné à votre autonomie habituelle plus 30 %. L'essence E10 se dégrade vite ; si le hors-bord reste inactif plusieurs semaines, ajoutez un stabilisateur ou vidangez le carburateur. Un jerrican séparé d'essence fraîche vaut toujours mieux qu'un réservoir éventé.
Coupe-circuit. Portez-le. À chaque fois. Une annexe sans pilote lancée à 15 nœuds est une inculpation d'homicide involontaire en préparation.
Matériel de sécurité à bord de l'annexe. Écope ou pompe manuelle, bosse de longueur suffisante, pagaies ou avirons (ils vous sauveront quand le hors-bord ne démarrera pas), une torche étanche et un sifflet. Pour tout ce qui dépasse le port : VHF portable, GPS portable ou téléphone dans une pochette étanche, et une lampe personnelle.
Gilets de sauvetage. Un transfert en annexe de nuit avec du vin à bord est statistiquement l'un des moments les plus dangereux d'une croisière. Tout le monde en porte un. Si vous hésitez encore sur le modèle, le guide de sélection des gilets mérite une lecture avant votre prochaine saison.
Paperasse. En France, les annexes équipées d'un moteur de plus de 4,5 kW (environ 6 ch) doivent en général être immatriculées à part, distinctement du navire mère. En dessous, elles sont considérées comme annexe rattachée. Les règles évoluent, vérifiez donc avant d'acheter. Si vous avez un doute, le guide d'immatriculation en France couvre la procédure actuelle.
Entretien et longévité
Les hors-bord sont des machines simples qui meurent de négligence, pas d'usage. Un 15 ch quatre temps correctement entretenu tiendra 15 à 20 ans. Le même moteur rincé une fois par saison et laissé avec du vieux carburant part à la casse en cinq.
L'essentiel :
- Rinçage à l'eau douce après chaque utilisation en mer. Manchons sur les prises d'eau, cinq minutes au ralenti, terminé.
- Huile d'embase une fois par an ou selon la préconisation constructeur. Une huile laiteuse signale une entrée d'eau et un joint défaillant : réparez avant que les pignons ne soient mangés.
- Turbine tous les deux ans, plus tôt en eau chargée.
- Anodes contrôlées à chaque sortie d'eau et remplacées à 50 % de consommation. Les anodes sacrificielles sont bon marché ; les embases ne le sont pas.
- Bougies annuellement.
- Filtre à carburant et durites inspectés pour fissures chaque printemps.
L'annexe elle-même demande moins que ce que les propriétaires imaginent : rincez les boudins à l'eau douce, protégez-la des UV au repos (un simple taud double la durée de vie de l'hypalon) et inspectez chaque année le collage du tableau arrière. Les petites fuites de coutures sont faciles à réparer tôt et impossibles à réparer tard.
La corrosion est l'ennemi juré du hors-bord. Tout ce qui se trouve sous la tête motrice vit dans l'eau salée ; tout ce qui est au-dessus vit dans l'air salin. Les principes généraux du guide de prévention de la corrosion s'appliquent directement. Et pour les gros intervalles d'entretien, la même discipline que vous appliquez (on l'espère) au moteur principal vaut pour le hors-bord : l'article sur la révision moteur mérite une lecture même si vous ne possédez qu'un 9,9 ch.
Vue d'ensemble
L'annexe est le petit bateau qui maintient le grand dans le droit chemin. C'est ainsi que vous rejoignez la terre, que vous mouillez une ancre à jet, que vous vérifiez le mouillage à 2 h du matin quand le vent tourne. Les propriétaires qui investissent un peu de réflexion ici passent le reste de la saison à ne plus y penser, et c'est bien l'objectif.
Où Oria s'inscrit-il là-dedans : si le bateau mère embarque une Oria Box, vous disposez déjà d'un enregistrement de sa position, de ses mouvements, et de la légitimité de ces mouvements. Étendre cette conscience à l'annexe, par de bonnes habitudes de sécurité et une tenue de registre simple, comble l'un des derniers angles morts de la plupart des équipements de croisière. À y penser avant, pas après.

